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The Blue Zones

publié le 23 sept. 2013 à 09:24 par Julie Decoene   [ mis à jour : 19 avr. 2014 à 08:14 ]
J'ai enfin lu le livre des Blue Zones ! Pour ceux qui n'ont jamais entendu parler de ça, il s'agit de petites zones sur notre belle planète, où il a été observé que la longévité était significativement plus importante qu'ailleurs dans le monde. Non seulement, les gens y vivent nettement plus longtemps - le nombre de centenaires y est incroyablement élevé, mais ils y vivent aussi en meilleure santé. Les zones identifiées par l'auteur et son équipe sont la Sardaigne, l'île d'Okinawa au Sud du Japon, les Adventistes du Septième Jour à Loma Linda, Californie, la Péninsule de Nicoya au Costa Rica, et l'île d'Ikaria en Grèce.

Des articles et sites internet décrivant les Blue Zones, il y en a déjà des tas, c'est pourquoi je me lance dans un exercice un peu différent du résumé classique qui donne une liste de conseils à suivre pour vivre plus longtemps, et vais plutôt vous donner mon avis personnel sur ce livre.

Ma première remarque porte sur les quelques pages internet que j'ai parcourues à ce sujet, et en quoi je les trouve assez criticables. Pour le livre en lui-même, je fais durer le suspense... 

En fait, la plupart des sites qui vont parler des Blue Zones, c'est pour clamer "on est dans une blue zone" et puis faire un copier-coller des choses habituelles qu'on lit sur cette Blue Zone en particulier. Mon idée est que les hôtels et tours opérateurs se servent de cette image à des fins promotionnelles et n'ont évidemment jamais lu le livre. Car on y lit bien que, dans le cas des îles et de la péninsule, la Blue Zone ne concerne qu'une partie du territoire, le territoire reculé dans les montagnes (les montagnes sardes par exemple), mais pas la côte et donc pas les endroits touristiques. L'isolement du reste du monde semble d'ailleurs être symptomatique de l'apparition d'une Blue Zone.

Mon autre remarque sur ce que vous trouverez sur internet est moins anecdotique. Les pages internet sont bourrées de conseils sur ce qu'il faut manger et avoir comme habitudes pour vivre plus longtemps. C'est très bien, mais ce n'est pas tellement novateur, et cela n'arrive pas à la cheville de ce qu'on peut comprendre et ressentir en lisant le bouquin. Mon conseil donc : lisez le livre !

J'entre donc dans mon avis sur le bouquin en lui-même. J'ai lu la seconde édition qui date de fin 2012.

D'abord, c'est très facile à lire même si c'est en anglais. C'est raconté sous forme de périples. Chaque chapitre se concentre sur l'une des Blue Zones et l'auteur, Dan Buettner, raconte comment il l'a découverte, comment il y a formé une équipe d'investigation, et comment peu à peu, ils pouvaient établir des pistes puis des conclusions sur leurs rencontres avec les centenaires. Certaines rencontres sont décrites en détail, et c'est là toute la magie du livre. Il parvient à nous transmettre à quel point ces personnes à la vie longue mais souvent bien ordinaire, sont extraordinaires.

“You don't stop laughing because you grow old. You grow old because you stop laughing.” ― Michael Pritchard

En lisant le livre, on comprend rapidement que la longévité n'a pas de recette, mais que c'est une attitude. Mais aussi, que ces communautés parviennent à vivre aussi longtemps parce que c'est l'ensemble de leur population qui a adopté, de façon traditionnelle, une certaine philosophie de vie. L'inexistence du concept de retraite, l'absence de maison de repos, le contact avec la nature et le jardinage, la proximité de la famille et des amis et tout simplement la douceur de vivre, sont autant d'éléments aux antipodes de notre société actuelle. Et pourtant ce sont eux qui composent, d'après moi bien plus que tout régime ou pratique de sport, le secret de la longévité de ces personnes.

Peut-on vivre plus longtemps en appliquant à la lettre certains conseils de ce livre, ou des pages internet qui en découlent ? Oui, bien sûr, à condition de parvenir à les suivre à long terme. Mais qui le peut, quand tous les autres autour de nous vivent d'une toute autre manière ? Le véritable challenge je pense, c'est de parvenir à créer une Blue Zone autour de soi.

Je critiquais plus haut ceux qui pensent qu'ils sont dans la Blue Zone, alors qu'ils sont à côté... Mais est-ce que ce ne serait pas justement comme ça qu'on peut arriver à vivre aussi longtemps, en y croyant ? La zone pourrait être en train de s'étendre... (je parle ici du Costa Rica, la Blue Zone d'Okinawa est par contre en train de disparaître, avec un taux d'obésité alarmant chez les jeunes).

Voilà pour mon avis philosophique sur la chose. Passons à mon avis plus scientifique. 

J'ai été agréablement surprise par la rigueur du travail de recherche. Ce n'est pas un hasard si les Blue Zones découvertes se trouvent toutes dans des pays développés, à part celle du Costa Rica. En effet, plusieurs autres zones ont fait l'objet de recherche, mais ont été bien vite abandonnées à cause du manque de preuves concernant l'âge des supposés centenaires. Le Costa Rica, bien qu'il soit considéré comme un pays en voie de développement, a pu archiver et ne rien perdre de tous ses actes de naissance et de décès depuis les dates qui intéressent nos chercheurs (à partir de 1880).

L'équipe scientifique paraît également très sérieuse. L'auteur travaille toujours avec le professeur de démographie Michel Poulain de l'Université Catholique de Louvain, spécialiste de la longévité. C'est lui qui se charge de valider ou non l'existence d'une Blue Zone sur base des actes de naissance et de décès.

Dans chacune de ses expéditions, Dan s'accompagne d'une équipe de professeurs d'université du pays concerné, de médecins pour effectuer un check-up de santé sur une panoplie de nonagénaires et centenaires, de journalistes pour effectuer une interview type de chacun d'entre eux, etc. Tous les soirs, l'ensemble de l'équipe effectue une réunion pour réorienter les recherches et produit un contenu diffusé sur internet. On pouvait donc suivre la progression des recherches jour après jour. Différents articles ont été publiés dans National Geographic, qui est également l'éditeur du livre.

Le livre traite du sujet de la longévité de façon narrative, sans entrer trop souvent dans les chiffres, mais il est clair que des analyses poussées ont été effectuées. Que ce soit au niveau de la validation de l'effet de certaines pratiques (par exemple comparaison d'une population qui consomme l'aliment x versus un autre échantillon qui n'en consomme pas), ou au niveau de l'analyse même de ces pratiques (par exemple l'analyse de l'aliment x en laboratoire pour voir ce qu'il contient de particulier).

C'est donc un livre de prime abord "vendeur", mais dans le fond très intéressant. Je ne m'étendrai pas plus sur le sujet et vous laisse, j'espère, avec l'envie de lire ce livre et de partir à la rencontre de ces personnes exceptionnelles par leur joie de vivre.

Une bonne semaine et à bientôt !