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Isla venado

publié le 23 févr. 2014 à 09:18 par Julie Decoene   [ mis à jour : 5 août 2014 à 19:06 ]

Ca fait presque un mois que je n'ai plus écrit, mais je ne vous oublie pas. J'ai quelques petits articles en réserve, mais après autant de temps, ça ne se fait pas de vous laisser avec un billet de dix lignes pour votre dimanche soir... J'ai donc choisi en ce jour de vous écrire sur un sujet qui me tient à coeur, sur lequel j'ai envie d'écrire depuis très longtemps, à chaque fois que j'y vais en fait, c'est l'Isla Venado. Littéralement c'est l'île du cerf. C'est l'une des îles se trouvant dans le golfe de Nicoya, la plus proche de chez nous. On peut la voir depuis les hauteurs entourant le village.

L'île est intéressante au niveau de sa faune, un grand nombre de pélicans et de hérons, entre autres, vivent en bordure de l'île, dans la mangrove. Mais ce dont je voulais parler, c'est plutôt de la vie hors du commun que mène ses 1500 habitants. L'île a cette particularité que son territoire n'est pas vraiment administré. Avec des conséquences assez incroyables pour ceux qui y vivent. 

Il n'y a pas de cadastre donc virtuellement, les terrains sur l'île ne valent rien et sont invendables - c'est aussi le cas pour la plupart des terrains en bordure de mer, partout au Costa Rica. De plus, on ne peut sortir de l'île qu'en bateau et aux heures de marée haute. Les insulaires sont donc d'emblée dans un contexte où ils n'ont pas vraiment d'autre choix que de rester là et exercer le seul métier possible pour eux : la pêche pour les hommes et mère au foyer pour les femmes. La pêche, un métier qui ne rapporte pas grand chose, en particulier quand le gouvernement interdit la pêche. Offrir des études à ses enfants est très difficile, car il est nécessaire de leur trouver un logement en dehors de l'île, et le coût des études est hors de portée pour bien des familles sur l'île.

Une autre caractéristique de la vie sur l'île est la quasi-absence de service public. Une école et une police de quartier, ainsi que le passage d'une équipe médicale une fois par semaine, voilà sur quoi peuvent compter les habitants de l'île. Pour le reste, ils doivent se débrouiller par eux-mêmes à bien des niveaux. Ils ont eux-mêmes tout constuit pour faire venir l'eau potable depuis la réserve Karen Mogensen jusqu'à l'île, en la faisant passer sous l'eau du Golfe. Ils gèrent la collecte des déchets, qu'ils acheminent sur la terre ferme avec leurs propres bateaux.


A l'instar de bien des zones rurales, le manque matériel est largement compensé par l'absence de ce fléau citadin qu'est le stress. J'y suis déjà allée plusieurs fois et toujours, les gens étaient super accueillants. J'ai pu faire une sieste dans un hamac chez quelqu'un qu'on ne connaissait pas - j'étais avec une tica de mon village qui trouvait ça parfaitement normal de demander le hamac à prêter.
Ma dernière aventure sur l'île date de la semaine dernière. La diététicienne de la clinique m'a contacté car elle se rend une fois par mois sur l'île pour donner des conseils. J'ai sauté sur l'occasion pour prendre un jour libre et donner aux insulaires leur tout premier cours de yoga. Le jeudi matin, je me retrouve donc face à une trentainte de dames, dont certaines avec leurs enfants courant dans tous les sens, pour leur enseigner les bases du yoga. Moment assez surréaliste. Déjà je n'aime pas donner cours devant autant de gens, et en particulier quand la plupart n'ont pas spécialement l'intention de faire du yoga. Mais en plus, je me répète intérieurement durant toute la séance que c'est vraiment ridicule de les aider à se détendre car tout le monde est déjà tellement détendu! Au final, quelques personnes m'ont parlé après la séance, et pensent continuer à faire certains exercices pour des problèmes de dos ou autres douleurs. Bon comme quoi, ça peut toujours servir même pour les gens relax. 

Après ça, pour le midi nous avons dégusté des gambas face à la mer, chez des gens super sympas qui m'ont montré toutes leurs photos d'une époque où ils accueillaient des étrangers (dont une belge) dans leur humble maison.



Pura Vida !